jeudi 5 mars 2009

La retraite que pratiquait les Sages

De Rabbi Avraham ben HaRambam (Maïmonide), Sefer HaMaspiq (“Le Guide pour servir D-ieu”), p. 525-527. Même si les notes de bas de page ont été omises, nous avons ajouté les informations nécessaires entre parenthèses.

La retraite que pratiquaient les Sages

Pour conclure ce sujet, nous nous référons au témoignage de nos anciens Sages qui nous apprend qu'ils se retirer dans des caves. Rabbi Chim'on bar Yo'haï et son fils s'isolèrent dans une cave pendant plusieurs années. La raison originelle de leur isolation était la peur [des romains] qui les cherchaient, tel qu'il est écrit dans le Talmud (Chabath 33b).

Cependant, ils accomplirent une retraite totale et prolongée [qui dura en fin de compte plus de 12 années] qui leur permit de vivre une certaine forme de rencontre avec D-ieu d'une telle intensité qu'un miracle approprié fut réalisé pour eux, tel qu'il est dit : “Un miracle arriva pour eux : un caroubier et une source furent créés à cet endroit.”

En fin de compte, il est dit d'une façon claire que lorsque leur retraite prit fin, ils avaient presque atteint le niveau de prophétie : “Le prophète Eliyahou vint et se tint à l'entrée de la grotte. Il dit : 'Qui dira au fils de Yo'haï que César est mort et que son décret est terminé ?'”

Lorsqu'ils quittèrent la grotte, ils étaient tellement détachés de ce monde qu'ils ne pouvaient pas comprendre qu'une personne pouvait se consacrer entièrement à labourer et planter. “Ils sortirent et virent des personnes labourer et planter. Ils dirent : 'Jusqu'à quand ignorerez-vous la vie éternelle et vous occuperez-vous de la vie éphémère ?'” Leur pensée intense avait une telle force que “chaque endroit qu'ils regardaient brûlait.”

Ils méritèrent encore de “rencontrer” D-ieu après qu'ils aient quitté la grotte, tel qu'il est dit : “Une voie céleste proclama : 'Êtes-vous venu afin de détruire Mon monde ? Retournez dans votre grotte !' Ils retournèrent dans la grotte et y restèrent encore douze mois.”

Ils la quittèrent uniquement avec la permission de D-ieu. “Une voie céleste proclama : 'Quittez votre cave !' Alors, ils sortirent et s'en allèrent.” Ils atteignirent un niveau de 'hassidouth certaine : “Tu formeras des projets et ils s'accompliront en ta faveur, [la lumière brillera sur tes routes]” (Job 22:28) ; “Chaque endroit que Rabbi Elazar endommageait, Rabbi Chim'on le réparait. Rabbi Chim'on dit à Rabbi Elazar : “Le monde peut se contenter de nous deux.” Approfondissez cela et constatez la façon dont leur attitude et leur réussite de leur connaissance de D-ieu (grâce aux Révélations divines) furent similaires à celles des prophètes.

Parmi les Sages se trouvaient ceux qui labouraient afin de s'isoler dans les champs, en addition de leur obligation de travailler pour gagner leur vie. De la sorte, ils imitaient les Patriarches qui furent bergers. Ils étaient comme Shaul – avant son règne – et Elie – qui labourait – tel que les Écritures nous l'apprennent (Samuel I, 11:5 ; Rois I, 19:19). Un des Sages qui labourait (afin de s'isoler) était Abba 'Hilqiva (Ta'anith 23a). 'Hanania ben 'Hizqiya ben Garon également avait l'habitude de se retirer dans son grenier et les plus grands Sages d'Israël lui rendaient occasionnellement visite dans le but de recevoir une bénédiction de sa part (Chabath 13b).

Exemples de retraite totale dans la Tora

De Rabbi Avraham ben HaRambam (Maïmonide), Sefer HaMaspiq (“Le Guide pour servir D-ieu”), p. 497-501. Même si les notes de bas de page ont été omises, nous avons ajouté les informations nécessaires entre parenthèses.
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Exemples de retraite totale dans la Tora
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Le concept de “retraite totale” – c'est-à-dire la séparation de la ville et l'isolation dans un désert, une terre en friche, les montagnes ou tout ce qu'il y a de semblable – est décrit dans les histoires des prophètes et de leurs disciples. Nous désirons vous informer de ces histoires ; peut être, s'agira-t-il seulement de vous les rappeler. Il est un fait notoire et une tradition qu'il s'agissait de la façon d'agir d'Hanokh, même si cela n'est pas écrit d'une façon explicite. À propos de sa façon de vivre, il est écrit : “Hanokh marchait avec D-ieu” (Béréchith 5:24). Cela signifie qu'il accordait beaucoup de temps à l'errance et à la solitude.
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Notre patriarche Avraham dit à ses deux serviteurs : “Moi et le jeune homme nous irons jusque là-bas, nous nous prosternerons et nous reviendrons vers vous” (ibid. 22:5). Un lecteur attentif déduira qu'Avraham avait déjà l'habitude de se séparer de temps à autre, même des membres de sa propre maison. Il est clair que notre patriarche Yits'haq continua cette pratique spirituelle, tel qu'il est dit : “Yits'haq était sorti dans les champs pour se livrer à la méditation” (ibid. 24:63).
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La seule raison pour laquelle les patriarches et leurs enfants – qui suivaient leurs voies – choisirent de garder les moutons, plutôt que d'autres occupations, était que cela leur donnait l'opportunité d'une retraite dans la nature, loin des villes.
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Chaque personne dotée de bon sens peut méditer sur la situation de notre patriarche Ya'aqov. Il endura quatorze année à mener des moutons, lorsqu'il travailla pour Ra'hel et Léa, tel qu'il est dit : “Je t'ai servi quatorze ans pour tes deux filles” (ibid. 31:41). Pourtant, lorsque Lavan lui fit face et lui demanda de quelle façon il désirait recevoir son salaire – “Dicte-moi ton salaire, je le donnerai” (ibid. 30:28) – Ya'aqov ne choisit pas l'argent, l'or ou quelque chose d'autre. Il préféra choisir l'opportunité de retourner mener les moutons – “Tu ne me donneras rien. Accordes-moi la chose que voici : je recommencerai à conduire ton menu bétail, à le surveiller” (v. 31).
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Il [adopta la vie de berger] malgré les privations, tel qu'il mentionna : “J'étais, le jour, en proie au hâle, et aux frimas la nuit, et le sommeil fuyait de mes yeux” (ibid. 31:40). Cette occupation convenait à son chemin spirituel, tandis que tout autre effort s'y serait opposé, ou empêché.
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Le Maître des prophètes – Moché, le serviteur de D-ieu et Son messager – menait des moutons et aller très loin dans le désert : “Moché faisait paître les brebis de Jéthro son beau-père… Il avait conduit le bétail au fond du désert, et était parvenu à la Montagne divine au mont Horeb” (Chémoth 3:1). Ceci n'était pas à cause du manque de champs de pâturage autour de Midian ; plutôt, Moché désirait emprunter son chemin de retraite intérieure qui permettait d'atteindre un degré [de sainteté] qu'aucune autre personne que lui pouvait réellement comprendre.
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De plus, ne me défiez pas avec les mots d'Onqelos qui explique le verset “il avait conduit le bétail au fond du désert” comme voulant dire “il avait conduit le bétail dans un pâturage adéquat,” car vous connaissez la déclaration des Sages : “un verset peut être expliqué de différentes façons” (Sanhédrin 34a). En fait, si on est attentif, on s'aperçoit que le commentaire des Sages diffère fréquemment de celui d'Onqelos.
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“D-ieu dit à Moché : 'Monte vers Moi, sur la montagne'” (Chémoth 24:12) ; “Nul n'y montera avec toi…” (ibid. 34:3). Ceci était pour permettre à Moché de connaître une retraite totale, grâce à laquelle il pourrait rencontrer [D-ieu] et recevoir ce qu'il a reçu. Parce que Moché désirait la solitude, il prit la tente et la plaça à l'extérieur du camp, loin du camp [et il l'appela la 'Tente d'assignation']” (ibid. 33:7).
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La génération du désert se retira d'une façon collective du monde habité pendant quarante années, afin de parvenir à “rencontrer” D-ieu. “Je vous ai fait marcher quarante ans dans le désert… afin que vous apprissiez que c'est Moi, l'Éternel qui suis votre D-ieu” (Devarim 29:4-5). D'autre part, D-ieu dit – dans la bouche de Son prophète : “[Je me souviens…] quand tu Me suivais dans le désert, dans une région inculte” (Jérémie 2:2). Éliyahou et Élisha avaient l'habitude de s'isoler régulièrement sur le mont Carmel pour profiter d'une retraite, tel que plusieurs versets le prouvent (Rois I, 18:42 ; Rois II, 2:25, 4:25).
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C'est grâce à ces retraites fréquentes et complètes qu'Éliyahou parvint à sa proximité avec D-ieu, tel qu'il est écrit :
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“Il fit une journée de chemin dans le désert (…) pendant quarante jours et quarante nuits jusqu'au Horeb (…) La Voix divine s'adresse à lui, disant : 'Que fais-tu là, Éliyahou ? (…) Le Seigneur se manifesta…” (Rois I, 19:4-18)
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Même Balaam utilisa la retraite pour connaître D-ieu, tel qu'il est dit : “J'attendrai là-bas la rencontre [avec D-ieu]” (Bamidbar 23:15). Onqelos traduit “il s'en alla chéfi ” (v.3) comme “il s'en alla dans la solitude.” Également, il est dit : “[Balaam] tourna son visage du côté du désert” (ibid, 24:1). Nous savons que tous les disciples des prophètes avaient l'habitude de se retirer dans des places lointaines, telle que la Tombe de Ra'hel (Samuel I, 10:2), Beith-El (Rois II, 2:23), Jéricho (ibid. 2:15), et près de la rivière du Jourdain (ibid. 6:2). Tout cela est clair pour la personne qui lit les versets avec attention.

Retraites intérieure et extérieure

De Rabbi Avraham ben HaRambam (Maïmonide), Sefer HaMaspiq (“Le Guide pour servir D-ieu”), p. 495. Même si les notes de bas de page ont été omises, nous avons ajouté les informations nécessaires entre parenthèses.

Retraites extérieure et intérieure

Les prophètes et leurs disciples, les 'hassidim (les pieux), avaient l'habitude de pratiquer la retraite extérieure, ce qui les menait à la retraite intérieure. Afin de pratiquer la retraite extérieure, une personne doit s'isoler des autres personnes, éviter leurs rassemblements et se séparer d'elles. Ceci est fait dans le but de se libérer de ce qui enchevêtre ces personnes et d'être libre des distractions qui ne manquent pas d'être provoquées lorsqu'on les voit, entend leurs conversations et qu'on est mêlé à leurs affaires. Le résultat d'un tel comportement permettra à la personne d'obtenir une vague idée de la majesté du Créateur.
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Cette personne pourra se délecter en Ses anges et la splendeur de Ses créatures, en méditant à leur propos et en contemplant leur proximité avec D-ieu, ainsi que leur élévation.

C'est à propos de cela que David a dit : “Mais pour moi, ô D-ieu, que Tes amis sont précieux et que leur nombre est infini ! Les compterais-je ? Ils sont plus nombreux que les grains de sable” (Psaumes 139:17-18). Il était tellement absorbé dans sa méditation qu'il entrait dans un état de sommeil prophétique – ou de repos – et il parvenait à une certaine forme de rencontre avec D-ieu. Même s'il se réveillait, il gardait en mémoire les effets de cette rencontre, tel qu'il est dit : “Quand je me réveille, je suis encore plein de Ta pensée.”

La retraite extérieure peut être totale. Dans ce cas, on se sépare de la ville afin de s'isoler dans les déserts, les montagnes ou autres endroits inhabités. D'autre part, elle peut être partielle, comme dans le cas où on s'isole dans des habitations. Elle peut être fréquente ou occasionnelle ; pour des longues périodes ou pour des courtes. Cependant, il est impossible pour une personne – dans ce monde – de s'isoler toute sa vie.

mercredi 4 mars 2009

Une hitbodédouth de la vie pratique

Extrait du livre (à paraître) de David Sears : “The Chandelier of Imperfections”

Une hitbodédouth de la vie pratique

J'ai entendu un jour l'histoire à propos de la façon dont le Rav Guedalia Aharon Kenig (1921-1980), de mémoire bénie, devint un 'hassid breslev. Avant son mariage dans les années quarante, Rav Guedelia vivait avec ses parents, dans le quartier Givat Shaul de Jérusalem. Un de ses voisins était Rabbi 'Haïm Baroukh Tarnovsky qui était lui-même 'hassid breslev. À cette époque, Rav Guedelia était assez proche de l'enseignement 'habad.
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Cependant, cela faisait déjà un certain temps qu'il sentait en son for intérieur qu'il manquait quelque chose à son Service divin. Par la suite, il devint un ami de son voisin 'hassid breslev. Celui-ci l'invita un jour à l'accompagner – durant un après-midi – à venir faire hitbodédouth avec lui dans un champ voisin. Cela relevait de la nouveauté et Rav Guedalia accepta.

Se retrouvant tout seul au beau milieu d'un champ d'herbe, Rav Guedalia entendait son ami pousser des cris en direction de D-ieu. Après une heure, ils se rejoignirent et rentrèrent ensemble à leur domicile. Le visage de Rav 'Haïm Baroukh semblait resplendir, un peu comme s'il revenait du Gan Eden ! Cependant, en ouvrant la porte de son petit appartement, il fut confronté à une scène très terre à terre : sa femme se démenait avec un bébé qui hurlait, la pièce principale était dans un désordre indescriptible, et les casseroles sans surveillance sur le feu menaçaient de brûler la nourriture qu'elles contenaient.
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Sans hésiter un seul instant, il se saisit d'un balai et commença à mettre de l'ordre dans le salon. Il fit tout cela avec la même sérénité qu'il avait démontrée quelques minutes auparavant, peu de temps après sa séance d'hitbodédouth. C'est ce qui fit une grande impression chez Rav Guedalia. Maintenant, il voyait d'une façon claire que le chemin de Rabbi Na'hman ne menait pas seulement à une grande dévéqouth (attachement à D-ieu), mais qu'il permettait également d'être impliqué dans les affaires très pratiques de la vie quotidienne avec une conscience et une application encore plus grandes.

L'enseignement prodigieux du Baal Shem Tov

Extrait du livre de Rabbi Israël Ya'aqov Klapholz “Histoires du the Baal Shem Tov” (Pe'er HaSefer), vol. II, sec.6.

L'enseignant prodigieux du Baal Shem Tov

Dans une de ses lettres – datée “mardi, paracha Devarim, 5493 (3 juillet 1733) – le Baal Shem Tov a écrit ce qui suit :

“Je suis né dans le village de Okup [Ukraine], en l'an 5458 (1698). À l'âge de cinq ans, mon père et ma mère, de mémoire bénie, sont décédés. La communauté de mon village me procurait ma nourriture, mon eau, mes vêtements et les frais de mon instruction. Cependant, lorsque les leaders de la qéhila (communauté) s'aperçurent que les résultats de mon étude n'étaient pas brillants, ils cessèrent leur aide.”

“Je me mis à voyager de ville en ville, de village en village, jusqu'au jour où j'arrivai à la ville de Brody. Lorsque j'eus dix-huit ans, je devins un mélamed (enseignant) pour les très jeunes enfants. Je devins le beau-frère de Rav Gershon de Kitov lorsque j'épousai sa sœur.”

“Je ne savais pas à cette époque” – écrit le Baal Shem Tov dans sa lettre – “que grâce au mérite de mes illustres ancêtres, j'avais reçu une âme précieuse.”

“Un certain vendredi après-midi – paracha Vayéchev – à exactement treize heures, je tombai dans un sommeil profond. Dans mon rêve, je voyais un vieil homme qui me demandait si je savais qui il était. Je répondais que je ne savais pas.”

“Alors, il me dit : 'Sache que j'ai été envoyé du Ciel afin d'étudier chaque jour avec toi. Dirige-toi vers les montagnes qui entourent la ville et je viendrais pour t'enseigner et te révéler la façon dont tu devras te comporter. Cependant, tu ne dois révéler ce rêve à personne, même pas à ta femme. Absolument personne ne doit être mis au courant de ce rêve avant que je ne te le permette'.”

“Lorsque je demandai son nom à cet homme, il me répondit qu'au fil du temps, je le découvrirai. Le vieil homme disparut et je me réveillai.”

“Je pensais que cela n'avait été qu'un rêve et que je ne devais pas y accorder une quelconque importance. J'allai au miqwé (bain rituel) afin de m'immerger en l'honneur du Chabath. Dès l'instant où je mis ma tête sous l'eau – en gardant les yeux ouverts comme à l'accoutumée – je vis le vieil homme ; je le voyais avec mes yeux ouverts ! Une grande peur s'empara de moi et j'avais l'impression de me transformer en une différente personne, avec une aura spirituelle qui planait au-dessus de moi.”

“Pendant les prières du vendredi soir – plus précisément pendant la prière de Qabalath Chabath – je sentais que tout le monde me regardait, sans en connaître la cause ou la raison.”

“Cette nuit, le vieil home m'apparut de nouveau en rêve. Il me dit : 'Ne pense pas qu'il s'agisse simplement d'un rêve. Non, très cher, cette vision est réelle. La preuve deviendra évidente lorsque tu quitteras la ville – dimanche – afin de venir me rencontrer entre la deuxième et la troisième montagne. Au Nom de D-ieu, avant de partir, immerge-toi quatre fois.' Il finit son message et disparut.

“Lorsque je me réveillai, je compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple rêve, mais que cela avait été ordonné du Ciel. Tout cela était grâce au mérite de mes ancêtres, de mémoire bénie, qui avaient prié devant le Trône céleste pour qu'on m'accorde la miséricorde et que je pusse atteindre une élévation spirituelle.”

“Pendant les prières du Chabath matin, on m'appela afin de réciter la bénédiction sur la Tora et on m'accorda l'honneur de Maftir. Je trouvai cela très inhabituel car on ne m'avait jamais accordé l'honneur de cette bénédiction auparavant.”

“Pendant le troisième repas de Chabath, mon beau-frère – Rav Gershon de Kitov – m'appela et me demanda : 'Israëliq, j'ai remarqué un changement important sur ton visage. Te sens-tu bien ?'”

“Je ne répondis pas un seul mot, comme le vieil homme me l'avait ordonné.”

“Lorsque Chabath prit fin, je prononçais [la chanson traditionnelle] 'Éliyahou Hanavi' ; ma femme me demanda pour quelle raison j'étais aussi pâle. Cette fois-là aussi, je ne répondit pas.”

“Le dimanche, paracha Miqetz” – continue le Baal Shem Tov dans sa lettre “il tomba beaucoup de neige. Je n'y prêtai aucune attention. À onze heures du matin, j'allai au miqwé et après l'immersion, je me dirigeais vers l'endroit désigné entre la deuxième et la troisième montagne.
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Le vieil homme vint à ma rencontre et me demanda de le suivre. Il m'amena dans une grotte – au-dessus d'une falaise – qui était remplie de lumière. Une table et deux chaises se trouvaient à l'intérieur. Il s'assit sur une des deux chaises et me demanda de m'asseoir sur l'autre. Il se saisit d'un livre que je n'avais jamais vu auparavant. Lorsque je commençais à le lire, j'eus l'impression qu'une âme supplémentaire était entrée en moi, qu'elle éclairait mes yeux et qu'elle ouvrait les portes de la sagesse devant moi.”

“Après deux heures d'étude, le vieil homme me dit : 'Mon fils, cela est suffisant pour aujourd'hui. Nous continuerons, avec l'aide de D-ieu, demain. Fais cependant attention à toi et ne révèle tout cela à personne '.”

“Je lui demandai son nom, mais il me répondit que le moment pour me le révéler n'était pas encore arrivé. Il me prit par la main et nous quittâmes la cave. Le vieil homme m'accompagna jusqu'à la ville ; il plaça ses mains saintes sur ma tête et il me bénit. Nous continuâmes d'étudier de la sorte pendant une année entière. Pendant toute cette période, je ne sus jamais le nom de mon maître et enseignant.”

“Un certain jour, pendant les mois d'été, nous nous apprêtions à nous quitter à la fin d'une séance d'étude. À cet instant, il me divulgua son nom. Je fus saisi de peur et d'effroi en pensant au privilège d'étudier sous la direction d'un tel maître saint. Je tombai à terre, sans connaissance. Grâce à D-ieu, je retrouvai mes esprits rapidement. Mon mentor me dit alors de changer de lieu de résidence et de quitter ma ville pour aller m'installer dans un village. Mon beau-frère m'aida à déménager dans un village proche de la ville de Kitov.
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Je trouvai une grotte dans laquelle je m'isolais du jour de Chabath au suivant Chabath. Chaque vendredi, je retournais chez moi afin d'y passer le Chabath. Chaque jour, j'étudiais sous les auspices de mon maître saint qui me révéla les plus secrets des secrets.”

“Un jour, mon Rabbi m'informa que le moment était venu de me révéler au monde. De fait, il avait été décrété et scellé que lorsque j'atteindrai l'âge de trente-six ans, je devais me révéler.”

“L'année 5494 (1734)” – continue le Baal Chem Tov dans sa lettre – arrivera bientôt. Cela m'inquiète énormément car je sais que je serai la cause d'une grande agitation et d'une controverse immense. J'aurai de nombreux opposants qui désireront m'avaler vivant. J'ai confiance en la compassion infinie de D-ieu car Il ne m'a jamais quitté jusqu'à ce jour et Il ne me quittera certainement jamais dans le futur. Pour autant, pour quelle raison ais-je besoin de tout ce dérangement ?
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Mon sort est tellement bon actuellement : j'étudie par moi-même et je suis privilégié d'étudier chaque jour sous les auspices de mon enseignant saint. Je ne suis pas le sujet des vanités de ce bas monde. Pourtant maintenant, je dois faire face à un tel défi.”